L’écriture et moi

 

Quand as-tu commencé à écrire ?


 

L’écriture est arrivée très tôt chez moi, j’ai commencé à écrire des histoires très courtes dès l’âge de 9 ans, cela n’était bien sûr que passager parce qu’à cette époque mes jouets me suffisaient amplement pour stimuler mon imagination et libérer ma créativité. 


 

Vers quel âge cela est devenu plus concret ? 


 

Entre 10 et 11 ans, il m’arrivait de mêler les univers des films que j’aimais en me servant de leur galerie d’images et en y ajoutant des textes. Pour la petite anecdote il m’est arrivé de reproduire l’histoire du roi lion à travers les images de véritables animaux.


 

Les images semblent avoir une grande importance pour toi, pourquoi ? 


 

En effet ! J’ai voué une passion pour le cinéma bien avant la littérature. Après les histoires courtes, je me suis mis à rédiger des scénarios, dès l’âge de 12 ans. C’est à ce moment-là que j’ai su que je voulais faire du cinéma. Je me suis essayé à l’animation en stop-motion, mais aucune de mes histoires n’était vraiment réalisable. Cela n’enlevait rien au plaisir que je prenais à les écrire. 


 

Quand l’écriture est devenue autre chose qu’une distraction pour toi ? 


 

L’écriture sera toujours une distraction pour moi, mais les choses sont devenues plus sérieuses et concrètes dans mon esprit à partir de 14 ans. C’est là que j’ai commencé à rédiger des scénarios de long-métrage, et à envisager le futur d’une certaine manière. 


 

La diversité de tes sujets semble montrer que tu es quelqu’un de très inspiré, comment te l’expliques-tu ? 


 

On dit que j’ai toujours eu une imagination débordante… Quand j’étais enfant je pouvais passer des journées entières à jouer avec mes jouets et à bâtir des mondes que je calquais sur les films qui me plaisaient, en prenant bien soin de reprendre chaque histoire là où elle s’était arrêtée le lendemain. Et quand ce n’était pas avec mes figurines, c’était avec les autres à travers des jeux de rôle. Mais aujourd’hui je ne joue plus, peut-être que l’écriture est au fond plus un moyen de matérialiser mon imaginaire qu’une façon de m’exprimer. 


 

Et qu’en est-il de la littérature ? 


 

C’est venu beaucoup plus tard ! En réalité je ne suis pas un lecteur très assidu, du moins en matière de fiction. Je lis essentiellement des ouvrages de psychologie, philosophie, sociologie, cinéma et développement personnel. Pour ce qui est de la fiction je suis plus attiré par les pièces de théâtre, tel que Don Juan ou encore Hamlet… 


 

Tu as donc eu très peu d’influence dans ce domaine, comment as tu écrit Les chroniques d’un enjôleur ? 


 

La difficulté est moindre quand on est au service de son imagination, quelle que soit la forme sous laquelle vous racontez votre histoire, elle en restera toujours une. J’ai écrit Les chroniques d’un enjôleur à la 1ère personne, et quand je crée un personnage pour l’introduire dans un scénario je me mets à penser comme lui, le processus n’était donc pas très différent de mon approche habituelle. 


 

5 années sans publication, un retour inattendu avec une nouvelle version des chroniques d’un enjôleur, pourquoi ? 


 

Pendant ces 5 années je me suis consacré essentiellement sur ma première passion, mais l’idée de créer la collection Désir & Manipulation m’est apparue bien avant cela. Je voulais montrer plusieurs formes de manipulations propres à chaque type de séducteurs malsains. Dans la première version des chroniques d’un enjôleur, le personnage de Charlie Meyer a tous les attraits d’une personnalité histrionique. Un besoin de séduction excessif, un désir constant d’être au centre des attentions, une tendance à être très dépendant des autres. Mais il n’est pas vraiment ce qu’on peut qualifier de manipulateur nuisible. Cela est très différent avec l’autre version où le personnage est plus sombre, un grand narcissique qui veut sans cesse se rassurer dans sa capacité de plaire. 


 

La création de tes personnages est toujours influencée par la complexité de la psychologie humaine, ou cela est propre à Désir & Manipulation ? 


 

C’était supposé être propre à Désir & Manipulation, dans Sentiments de cyanure Aaron est un pervers narcissique, sa complice Nancy  a de nombreuses similitudes avec lui (sans trop en dire !) mais sa capacité à aimer tend à démontrer qu’elle pencherait selon moi plus sur une forme d’hystérie très prononcée.


 

Que peux-tu nous dire sur les scénaromans ? 


 

Le scénaroman ou screenplay-novel est un livre qui s’écrit comme un scénario, tout est très rythmé, avec ce concept et les descriptions imagées. C’est un genre assez méconnu mais qui existe depuis quelques années. Philippe Le Dem en a fait les frais avec Un monde parfaite, Patrick Bories également avec L’étoffe des songes, Michel Marteau pour Auguste et Camille pour ne citer qu’eux.


 

N’est-ce pas une approche risquée ? 


 

Le meilleur moyen de déplaire est de faire quelque chose qui ne vous séduit pas… Ce n’est pas très différent d’une pièce de théâtre, à la seule exception qu’ils ont plus la vocation d’être tournés que représentés.  Même si tous n’écrivons pas comme Shakespeare, je pense qu’il y a du bon à tirer de ce genre d’approche d’autant plus si on préfère le rythme et l’action à la description. Quelque chose de cinématographique et littéraire à la fois… Ça me ressemble ! Mais il est difficile de faire l’unanimité en matière de goût. C’est pour ça que j’ai laissé un soupçon de narration dans Sentiments de cyanure, pour satisfaire je l’espère le plus grand nombre. 


 

On remarque que les femmes sont omniprésentes dans tes histoires, peut-on dire que tu es féministe ? 


 

Féministe non, admiratif oui, de ce qu’elles représentent, ce qu’elles sont, leur manière d’interagir dans le monde. Je dirais tout bonnement que j’ai une grande affection pour les personnages féminins, pour les femmes en général ! 


 

Et si Ève était la première… Par ce titre on peut juger que cet ouvrage va prôner le féminisme, n’y a t-il pas là un certain parti pris ? 


 

D’une certaine manière si bien sûr, mais affirmer que je suis féministe en reviendrait à me substituer à ce qu’elles vivent, et à ce qu’elles sont. Je pense que c’est un combat qui leur est propre et que notre devoir en tant qu’homme consiste à le soutenir tout en le leur laissant. D’autant que je n’ai pas toujours fait preuve d’autant de clairvoyance sur la question.


 

Toujours sur les femmes, les mères sont souvent absentes ou idéalisées dans tes ouvrages cela reflète-t-il un manque personnel ? 


 

Aucunement, j’ai eu la chance d’être adopté par une famille formidable, qui me donne bien assez d’amour, et qui m’a toujours soutenu dans ce que je faisais. Il y a très peu de moi dans mes écrits…  Je ne suis pas mes personnages, ils ne sont pas moi, leur histoire est aussi singulière que la mienne. J’essaye d’apporter de la crédibilité à leur souffrance, et justifier leurs agissements par ce qui me semble le plus approprié.  Je crois que ma passion pour la psychologie n’est pas étrangère à ça.  


 

Sentiments de cyanure est sorti récemment, Conspiration du silence devrait lui succéder… Trois ouvrages en quelques mois, peut-on s’attendre à une autre pause après ça ? 


 

Pas vraiment, j’espère terminer l’écriture de Et si Ève était la première avant la fin de l’été. Après quoi je compte réaliser un court métrage d’épouvante et horreur « Le sanctuaire de Lucifer », tout en travaillant sur un projet littéraire de Dark Fantasy dont je ne peux dire plus pour le moment. 


 

Désormais un auteur hybride après une première édition en maison d’édition, pourquoi avoir choisi l’indépendance ? 


 

Tout est dans le mot à vrai dire, j’aime avoir un contrôle total sur mes projets, cela demande beaucoup de travail, mais ce côté multifonctions et entrepreneurial me plaît. C’est une liberté que je n’ai pas trouvé dans l’édition traditionnel. Il y a des avantages et inconvénients dans les deux côtés, il ne tient qu’à chaque auteur de choisir celui qu’il préfère ! 


 

Auteur, nouvelliste, maintenant romancier, comment vous définissez vous ? 


 

Là ne sont que des mots, pour moi je suis plus un créateur d’histoire qu’un artiste à proprement parler… 


 

Pour conclure, lequel de tes personnages est celui que tu préfères ? 


 

(Attention spoil !) Victoria Patton. Pour des raisons que je ne peux naturellement pas donner !